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La gare de Lausanne est mon coin préféré pour la veille publicitaire: c’est toujours là que je vois des affiches qui me font réagir! Tenez, l’autre jour encore, je suis tombé là-dessus. Ça m’a bien fait sourire la bouche. Comment est-on censé prendre parti avec des arguments aussi élaborés?

N’empêche que ça un peu marché: j’ai fait l’effort de visiter les sites des deux camps. Et j’ai été frappé par l’approche fondamentalement différente qu’ils prennent. Vous allez voir, c’est très intéressant.

#CHvote #14juin Impôt sur les successions: deux approche très différentes sur le web! Click To Tweet

 Le camp du non: militant et pragmatique

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Le haut de la page d’accueil est divisé en deux, pour orienter immédiatement le visiteur. C’est très malin: le site ne sert pas qu’à donner des arguments pour appuyer la position des opposants, mais aussi à transformer les personnes déjà convaincues en militants.

Ce qui n’est pas logique par contre, c’est que le bouton «Soutenir la campagne» dans l’entête est en rouge, alors que cette couleur est utilisée juste au-dessous pour désigner les visiteurs qui ont encore besoin d’être convaincus.

Côté argumentation, c’est très simple. Trois phrases courtes, marquantes, qui rentrent parfaitement dans un tweet. Elles peuvent être développées en deux temps: d’abord en un court paragraphe, puis dans un long document pdf beaucoup moins digeste. Efficace, même si je trouve que cet espèce de bouton «Soutenez la campagne» casse un peu la sobriété du dispositif.

J’ajouterai encore que le site s’affiche très bien sur un écran de smartphone. Du joli boulot. En creusant un peu, j’ai compris que le site était construit avec Blue State Digital, une agence spécialisée dans les campagnes de soutien et de financement qui ont de jolies petites références, comme un certain… Barack Obama!

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Le camp du oui: touffu et intello

Déjà, ça part mal: quand on tape fiscalitesuccessorale.ch dans le navigateur, on est redirigé vers le site erbschaftssteuerreform.ch, sur une page de choix de la langue. Pourquoi est-ce qu’on ne m’amène pas directement sur la page en français? Mystère. C’est pourtant ce qui se passe chez le non, soit dit en passant.

Deuxième gros problème de la page en question: elle n’est pas en responsive et donc très mal lisible sur mon petit écran de mobile. Ça fait beaucoup de petits détails agaçants à affronter avant d’avoir lu la première ligne de texte sur l’initiative!

La page d’accueil, quand on y arrive enfin, dégage une impression beaucoup diffuse que celle des adversaires. A vrai dire, on ne sait pas vraiment où regarder: il y a du texte de tous les côtés, sans véritable hiérarchie visuelle. Une approche dangereuse, car c’est le visiteur qui va choisir ce qui l’intéresse. En plus, il y a une mauvaise utilisation de l’espace à disposition: que ce soit sur mobile ou sur ordinateur, une très grande partie de l’écran est occupée par des informations répétées: le slogan de la campagne, la recommandation de vote, la date de la votation.

On ne sait pas trop par où commencer. Et sur mon écran d'ordi, pas beaucoup d'informations utiles avant de scroller.

On ne sait pas trop par où commencer. Et sur mon écran d’ordi, pas beaucoup d’informations utiles avant de scroller.

Côté discours, c’est assez touffu. Sur la page d’accueil, on a aléatoirement une prise de position d’une personnalité politique. Ce qui veut dire qu’à chaque fois qu’on recharge la page, on a une argumentation différente. On trouve aussi une série de six arguments, qui ne sont pas repris tels quels sur les pages Arguments. Oui, car il y a plusieurs pages Arguments! Ces pages ne sont d’ailleurs accessibles que par les menus de navigation: pas de lien depuis le contenu de la page.

Le problème, c’est que ces pages ne montrent pas différents niveaux de profondeur sur les mêmes arguments, mais des arguments différents. Du coup, ça devient très long et assez indigeste. Difficile de retenir quelque chose de concret.

Les argumentaires suivent une approche raisonnée et nuancée: on souhaite que le visiteur comprenne les enjeux et fasse vraiment le choix de soutenir l’initiative. C’est très honorable sur un plan intellectuel, mais sans doute plus difficile d’accès que les contre-arguments brutaux et apparemment indiscutables martelés par le camp du non.

Et les médias sociaux?

Ce qui frappe, c’est finalement la faible utilisation des médias sociaux par les deux camps. Prenez le camp du oui: a eu la bonne idée de rassembler les prises de position des personnalités politiques qui soutiennent l’initiative dans une page Citations. Il y a à chaque fois une photo, un nom et une courte argumentation. C’est le genre de contenu qui serait parfait pour alimenter un compte Instagram (inexistant hélas), à partager sur Facebook, à intégrer dans un blog ou un article de journal. Mais aucun bouton « Partager » n’est prévu. Dommage!

#CHvote #14juin Impôt sur les successions: il y a mieux à faire sur les réseaux sociaux! Click To Tweet

Pareil pour le camp du non: j’ai signalé plus haut que le site proposait très intelligemment aux personnes déjà convaincue d’aller plus loin en soutenant la campagne. Pas de commande de matériel de soutien (affichettes, stickers, etc.) ou de contenus à partager sur les profils Facebook, Twitter ou autres des militants.

Le soutien demandé se limite à signer une sorte de livre d’or pour montrer le soutien populaire. Les témoignages ne sont même pas publiés sur la page Facebook de la campagne, alors que les visiteurs acceptent cette diffusion au moment d’enregistrer leur témoignage!

Bref, c’est un peu léger. Peut mieux faire!

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